Sphinx ligustri

Sphinx ligustri mâle
Sphinx ligustri mâle
Sphinx ligustri femelle
Sphinx ligustri femelle

Sphinx ligustri Linnaeus, 1758

Sphinx ligustri Linnaeus, 1758, Syst. Nat. (Edn 10) 1: 490.

Localité type: Non spécifié [Europe]

Le Sphinx du troène

Anglais: Privet hawkmoth; Allemand: Ligusterschwärmer; Castillan: esfinge del aligustre.

Taxinomie

Sphinx_ligustri_chenille_Toulouse
Chenille L5 de Sphinx ligustri, Toulouse (31), France © Jean Haxaire

En France, l’espèce est impossible à confondre. Sa variabilité est faible, à l’exception de l’assombrissement signalé des exemplaires de montagne ( surtout au dessus de 1800m dans les Pyrénées). Par contre, sur le reste de son immense aire de répartition, on trouve des populations étonnantes en particulier en Roumanie et Bulgarie (spécimens immenses et beige pâle non nommés), en Arménie (spécimens gris blanc (ex sous-espèce eichleri Eitschberger & al. 1992) et dans la bande paléarctique allant des Tien Chan aux plaines de l’Amour (exemplaires minuscules (ex sous-espèce amurensis Oberthür, 1886). Cette sous-espèce a été placée en synonymie de la sous-espèce nominative par Kitching & Cadiou (2000: 67), décision basée sur le fait qu’il n’existe pas une vraie séparation entre les populations européenne et celles de l’est paléarctique, mais plutot une forme de transition.

Aucune de ces sous-espèces n’est reconnue dans le travail de Kitching & Cadiou (2000).

Je ne partage pas cet avis, fondant mon opinion sur des données d’élevage et le barcodage récent des exemplaires de ma collection (programme BoLD) dans lequel les ex-amurensis (en particulier) se distinguent nettement des ligustri européens.

Distribution

Monde: C’est l’espèce paléarctique par excellence, l’insecte vole dans toute l’Europe centrale (et le nord du Magrheb) pour s’étendre à l’est jusqu’au « Far East » russe, Corée et Japon. Au nord, il remonte jusqu’en Sibérie, le centre de la Chine (Shaanxi), la Mongolie. Pour une répartition exacte, voir Pittaway.

France: l’insecte est présent dans toute la France, mais cette répartition est curieusement disjointe (voir ci-dessous).

Plantes-hôtes

mélanisante
Chenille L5 mélanisante de Sphinx ligustri, Sainte-Luce-sur-Loire (44) © Marc Guillet

La chenille de Sphinx ligustri se nourrit d’Oleaceae et en particulier de Ligustrum, Fraxinus, Olea et  Syringa. Des plantes plus occasionnelles sont parfois indiquées dans la littérature, comme les Viburnum, Euonymus, Cornus, Spiraea et même Rubus. Je n’ai jamais tenté d’élevage sur ces dernières.

Avec Acherontia atropos et Agrius convolvuli, c’est l’un des plus grands nocturnes d’Europe. Cette belle espèce ne peut être confondue qu’avec A. convolvuli, avec lequel il partage les taches roses sur les flancs. Il s’en sépare par sa coloration de fond plus brunâtre, allant jusqu’au noir pour certains exemplaires

Sphinx ligustri présente une distribution disjointe. Il manque parfois totalement dans certaines zones. A ma connaissance, il est moins présent dans les biotopes très arides. Toutefois, je l’ai collecté dans les garrigues de Villegailhenc (11), et l’ai observé de jour dans les coteaux calcaires de Bruniquel (82) ce qui ne permet pas de dégager une logique dans cette répartition. Les seules zones où je l’ai collecté régulièrement sont la frange littorale atlantique et les régions montagneuses (Vosges, Alpes, Pyrénées). Il existe aussi en milieu urbanisé, ce qui est sans doute lié à l’abondance des ligustrum utilisés en haies ornementales.

Je l’ai attiré aux lampes UV avec une parfaite régularité sur le littoral Nord Pas-de-Calais, dans les dunes côtières de Berck sur Mer (62600). Dans ces biotopes boisés de fusain, troène et argousier, je collectais S. ligustri de la fin mai à la mi-juin chaque nuit (sans vent) et généralement assez tard (autour de minuit). Fait curieux, je n’y ai jamais trouvé sa chenille alors qu’elle est tellement facile à repérer dans l’intérieur des terres, sur les haies de troène bordant les routes et les jardins publics.

Le vent salé est peut-être la raison de cette difficulté, la chenille se cachant dans la profondeur des buissons de ligustrum?

Photo Isabelle Laforge Sphinx ligustri vs Delta unguiculata bis
Chenille L3 de Sphinx ligustri capturée par Delta unguiculatum © Isabelle Laforge

En montagne, l’espèce vole jusqu’à 2000 mètres, et produit à ces altitudes des individus à tendance mélanisante. Au col de Mantet (Pyrénées Orientales, 66) je collecte régulièrement les exemplaires les plus fortement assombris que je connaisse de France. Ils viennent aux lampes encore plus tard que dans la plaine, souvent après 3 heures du matin.

Sphinx ligustri est donc une espèce de biotope froid et humide, généralement boisé. Il vole en mai-juin selon l’altitude et la latitude et ne produit pas (à ma connaissance) de seconde génération.

La chenille de ligustri est l’une de nos plus belles chenilles de Sphinx et sa posture au repos est à l’origine du nom de la famille. Elle est normalement assez facile à repérer sur les perches dépassant les massifs de troène qu’elle défeuille totalement. En Allemagne, j’ai souvenir d’une haie de troène longeant une piste cyclable (à proximité de Cologne) où il était possible d’en récolter une centaine en quelques heures, et ce chaque année. Je n’ai jamais retrouvé pareille situation en France.

Cette chenille produite parfois de splendides formes plus sombres, voir franchement mélaniques. Marc Guillet a obtenu une gamme chromatique étonnante à partir de la ponte d’une femelle provenant de Sainte-Luce-sur-Loire (44). L’une de ses chenilles était même pourpre, ce que jamais je n’ai rencontré  dans la nature.
Madame Isabelle Laforge m’a communiqué récemment un document d’exception, une chenille probablement L3 de S. ligustri capturée par la très belle guêpe Eumène unguiculé  ou Delta unguiculatum  (Villers, 1789) (Hyménoptère Vespidae). La guêpe est en train d’introduire la chenille dans son nid élaboré en boue et sable le long d’un mur. Cette chenille, paralysée mais vivante,  servira de nourriture  à la larve de la guêpe.

La chenille vire au brun-violacé avant la nymphose et s’enterre plus profondément que la majorité des Sphingidae de France (entre 20 et 30 centimètres). La chrysalide présente un minuscule fourreau de trompe décollé du corps tout comme les espèces pinastri et maurorum. Cette chrysalide peut passer 3 hivers avant de produire un imago (J. Haxaire obs. pers.)

L’élevage de l’espèce est aisé sur plante coupée, à condition de leur donner suffisamment de place. Cette espèce n’aime pas la promiscuité et les rencontres fréquentes. Les imagos obtenus en respectant cette condition sont de taille normale, voire supérieure, aux exemplaires sauvages.

 

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