Agrius convolvuli

Agrius convolvuli mâle
Agrius convolvuli mâle
Agrius convolvuli femelle
Agrius convolvuli femelle

Agrius convolvuli  (Linnaeus, 1756)

Sphinx convolvuli Linnaeus, 1758, Syst. Nat. (Edn 10) 1: 490

Localité type: [Europe].

Le Sphinx du liseron

Anglais: Convolvulus hawkmoth; Allemand: Windenschwärmer; Castillan: esfinge de las enredadores

Taxinomie

L’insecte est facilement identifiable en France, et il n’y a pas le moindre problème de détermination. La seule espèce qui lui ressemble fortement est l’espèce américaine Agrius cingulatus (Fabricius, 1775), caractérisée par un pattern nettement plus contrasté et des taches latérales abdominales d’un rose beaucoup plus vif. Dans la mesure où cette espèce vole désormais aux îles du Cap Vert et commence même à se répandre en Afrique de l’ouest, elle est désormais à envisager en France. L’origine des spécimens africains serait le Brésil (Bauer & Traub, 1980). Preuve de cette forte faculté à l’expansion (les Agrius ont une puissance de vol remarquable), quelques exemplaires ont été collectés en Angleterre (Barett, 1893). Le 21 Septembre 2002 un mâle a été collecté à la lumière dans la région de Serpa, Baixo Alentejo, Portugal (Marabuto, 2006).

 

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Pour comparaison, l’espèce voisine Agrius cingulatus:   spécimen étalé (Station de Rancho Grande, Venezuela) et insecte au repos (Atitlan, Guatemala) © Jean Haxaire

 

 

 

 

 

 

Distribution

Monde: L’intégralité de l’Afrique, toute l’Europe jusqu’à Islande, l’Indonésie, l’Australie et l’Asie, remontant au sud de la Russie et gagnant le Japon. On le retrouve dans les grandes îles  du Pacifique jusqu’à Tahiti.

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Agrius convolvuli imago mâle au vol devant Nicotiana alata, Suisse, Jardin Botanique de Genève © Maxime Pastore

France: dans la mesure où il s’agit d’une espèce migratrice, il est potentiellement partout, et a été collecté sur tout le territoire. Certaines années très chaudes, il est particulièrement commun.

Plantes-hôtes

Surtout Convolvulaceae (Convolvulus sp. et Ipomoea  sp.) mais aussi Rumex, Helianthus, Chrysanthemum et Phaseolus (Pittaway, 1993: 81).  Rougeot & Viette (1978: 179) indiquent également Persicaria, Impatiens et Lactura.

Cet insecte est un migrateur puissant, arrivant en France à partir du mois de Juin pour s’y reproduire et produire une seconde génération constituée d’individus nettement plus grands que les migrants. Cette seconde génération vole de la fin Août à la mi Octobre et parfois même en Novembre. Certaines années, l’espèce est particulièrement commune dans toute la France, généralement après des étés plus chauds que la moyenne. Il me semble que ce Sphingidae est de plus en plus commun en France, et de façon simpliste on pourrait incriminer le réchauffement climatique. Il faudrait donc effectuer un recoupement précis de toutes les données année après année pour vérifier cette impression. En tous les cas, dans le Lot et Garonne, je vois ce Sphingidae toutes les nuits entre la fin juillet et le mois d’octobre. Collecter l’insecte en mai-juin est un événement nettement plus rare et cela ne m’est pas arrivé plus de 10 fois.

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La façon la plus classique de trouver ce Sphingidae: au repos sur un mur ou un poteau en septembre/octobre. Ici, une femelle à « Le Roc » Laplume (47) ©Haxaire

Cette espèce butine les plantes à longue corolle (Petunia, Phlox, Nicotiana et surtout Mirabilis…) et est très fréquemment observé à la fin de l’été, parfois bien avant la tombée de la nuit surtout si le temps est couvert (Jasper Boldingh com. pers.). Ce Sphingidae est avec Macroglossum stellatarum à l’origine de la plupart des signalements de Colibris en France. L’insecte possède la plus grande trompe de tous les Sphingidae européens, singularité que l’on retrouve sur la chrysalide.

Comme je le disais, il est frappant de voir la taille des individus de seconde génération en France (et dans toute l’Europe) comparée à celle des exemplaires africains. J’ai collecté des spécimens de taille record dans le nord de la République Tchèque fin août 2006, probablement dans la zone la plus froide de ce pays. Cette deuxième génération est réputée stérile. Cette stérilité, souvent soulignée dans la littérature, est fortement contestée par de bons éleveurs qui ont obtenu des pontes en nourrissant les femelles attirées à la lampe pendant plus de 2 semaines dans de très grandes cages de vol. Il semblerait  que l’insecte produise et mature ses œufs « au compte goutte » pour les pondre au fur et à mesure. Cela expliquerait que quand on dissèque l’une de ces femelles d’automne, l’abdomen en soit pratiquement vide, et il faut rechercher là l’origine de cette réputation de stérilité des insecte produit sous nos latitude. Tout cela sera vérifié dès cette année (fin 2016).

La chenille de A. convolvuli a une activité nocturne. Elle se cache durant la journée au pied de sa plante nourricière, généralement un liseron ou une Ipomée. Les autres plantes signalées ci-dessus me paraissent hautement suspectes. Je ne l’ai personnellement jamais vue consommer autre chose que des Convolvulaceae.

Elle devient très visible au moment de la nymphose, parcourant alors des dizaines de mètres à la recherche du lieu favorable à son enfouissement. Chaque année je vois à la fin de l’été des chenilles adultes de convolvuli traversant la route. C’est même la façon la plus simple de la ramasser, la récolte sur plante étant plus délicate pour les raisons signalées plus haut.

Cette chenille est hautement polymorphe, j’en connais des formes brunes, vertes et Pittaway (1993 : 79) signale également une forme jaune que je n’ai personnellement jamais observée.

La chrysalide est remarquable de part le fourreau de sa trompe, libre, qui effectue pratiquement un tour complet. Elle est enterrée profondément, sous plus de 10 centimètres de terre. L’éclosion est très rapide, généralement après 3 semaines de nymphose. Je pense qu’elle peux passer l’hiver sous nos climats (probablement sur le pourtour méditerranéen) mais cela reste à démontrer.

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