Hyles nicaea nicaea (von Prunner, 1798)

Hyles nicaea mâle
Hyles nicaea mâle
Hyles nicaea femelle
Hyles nicaea femelle

Hyles nicaea nicaea (von Prunner, 1798)

Sphinx nicaea de Prunner, 1798, Lepid. Pedemontana: 86.

Localité type: Nice, Alpes-Maritimes [sud de la France].

Le Sphinx de Nice, le Sphinx nicéa

anglais: greater spurge hawkmoth, allemand: Riesenwolfsmilch-schwärmer; castillan: esfinge mediterranea.

 Taxinomie

On reconnait à l’heure actuelle 4 sous-espèces de ce bel Hyles en plus de la sous-espèce nominative. Hyles nicaea castissima (Austaut, 1883) en Afrique du nord, massif de l’Atlas; En Crimée et Georgie, Hyles nicaea orientalis (Austaut, 1905); au sud de la Turquie, Israël, Liban, Irak, Iran,  Turkménistan,  Ouzbékistan,  Kazakhstan,  Kirghizstan,  Afghanistan, ouest de la Mongolie, Chine (Xinjiang), Hyles nicaea sheljuzkoi (Dublitzky, 1928); au nord de l’Afghanistan, du Pakistan, Cachemire et Tibet, Hyles nicaea lathyrus (Walker, 1856). La sous-espèce nominative vole en Europe du sud jusqu’à la Turquie. Ces sous-espèces sont extrêmement délicates à distinguer, et sans l’origine précise d’un spécimen, il est souvent très difficile, voir impossible de le rattacher à telle ou telle taxon. J’avoue ne pas vraiment croire à toutes ces sous-espèces, et aurais tendance à penser que l’on a une évolution graduelle de l’Europe à la Chine.

Distribution

Monde: France (sud), Espagne (occasionnel et extrêmement rare), nord de l’Italie (Alfonso Iorio com. pers.), Bulgarie, jusqu’à la Turquie. Pittaway signale l’insecte des îles Baléares. J’ai beaucoup de mal à y croire.

France: pourtour de la méditerranée (voir ci-dessous)

Plantes-hôtes

Euphorbe et surtout Euphorbia nicaeensis

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Hyles nicaea (en bas, spécimens de Villegailhenc (11)) en comparaison avec 3 autres espèces d’Hyles de France. Ce cliché donne une idée de la taille de l’insecte © Haxaire

Cette espèce ressemble à une version géante du Sphinx de l’euphorbe, et il n’est pas toujours aisé de l’en différencier. Combien de fois ai-je collecté dans le biotope favorable un bel Hyles, avec la certitude d’avoir enfin trouvé l’objet de mes convoitises, pour découvrir le lendemain matin qu’il ne s’agissait que d’un très grand exemplaire d’euphorbiae. En plus de sa grande taille, je dirais que la distinction entre les deux espèces s’effectue à partir des critères suivants. Les ailes postérieures de nicaea sont rose jaunâtre contre rose vif chez euphorbiae ; après la tache sombre qui prolonge la cellule (dessus de l’aile antérieure) une marque sombre en forme de virgule descend de la costa sur environ 6 mm (ou plus) chez nicaea. Cette marque n’existe pratiquement pas chez euphorbiae. Nous pensons qu’il sera souvent nécessaire au lecteur de regarder la planche comparative pour trancher sa décision.

Hyles_nicaea_Villegailhenc_11_female
Femelle Hyles nicaea ex larva, France, Villegailhenc (11) © Jean Haxaire

Hyles nicaea vole en juin juillet dans les garrigues méditerranéennes où pousse sa plante de prédilection, Euphorbia nicaensis.  L’insecte vient aux lampes après 23 heures, et son vol est plus puissant que celui des autres Hyles. Vers la mi juin, il n’est pas spécialement rare dans les garrigues autour de Carcassonne mais, fait curieux, sa chenille est particulièrement difficile à localiser malgré l’abondance de sa plante-hôte. Ce fait m’avait été signalé par la majorité des entomologistes de terrain qui ont recherché cette chenille en Ardèche ou dans le Var. En trouver une est un événement. En juillet 2009, je me suis attelé à cette problématique: où se cache la chenille d’Hyles nicaea durant la journée dans les garrigues de Villegailhenc? Deux journées de recherche entre le 25 juilllet et le cinq août m’ont permis d’en localiser une quinzaine, aux stades 3, 4 et 5. Les pieds d’euphorbe totalement dévorés et l’abondance de crottes à la base de certaines plantes m’ont également prouvé que j’étais dans bien des cas arrivé trop tard. Parmi les faits que j’ai pu remarquer, et sans qu’il soit question de généraliser, j’ai remarqué les faits suivants.

-la chenille adulte (L5) est à la base de la plante quand elle ne s’alimente pas. Elle est étonnement difficile à voir, compte tenu de sa taille.

-je ne l’ai jamais trouvée sur Euphorbia characias, seulement E. nicaensis.

-elle semble préférer les milieux les plus exposés, extrêmement secs, avec peu de végétation autour des touffes d’euphorbe. La  journée du 27, nous avions privilégié Daniel Herbin et moi-même les zones verdoyantes, les plus couvertes de vaste zone où abondait Euphorbia nicaensis. Après six heures de recherche et aucune chenille, nous nous sommes éparpillés et c’est pratiquement au moment de partir que je suis tombé sur une énorme chenille au pied de sa plante, et dans un biotope nettement plus austère. Dix chenilles plus tard, j’avais franchement eu l’impression que plus l’endroit était  sec, caillouteux, avec quelques euphorbes malingres, plus grandes étaient mes chances.

Cette chenille est véritablement splendide, extrêmement différente de celle d’euphorbiae par le fait qu’elle n’a aucun motif rouge. En L5, elle est généralement vert tendre, cerclée d’anneaux noirs ponctués de grosses taches jaunes. La variation joue sur l’étendue des plages noires. Adulte, elle dépasse en taille une chenille de sphinx du  troène. Dans l’un des clichés ci dessous, on voit les deux chenilles côte-à côte pour comparaison, et je précise que la chenille de Sphinx ligustri illustrée est de très belle taille et a donnée l’année suivante une splendide femelle.

La chrysalide repose à la surface du sol dans un cocon grossier. Elle peut  éclore en septembre octobre ou hiberner et éclore dès les premières grandes chaleurs de juin. Il y a donc deux générations par an sous nos latitudes. En 2009, 14 des 15 chrysalides obtenues sont écloses entre le 15 et le 30 septembre de la même année, et la dernière (de loin la plus grosses) début juillet 2010

Hyles nicea est un insecte localisé au pourtour méditerranéen, volant des Pyrénées orientales aux Alpes Maritimes. La citation anglaise parlant de deux chenilles trouvées sur le littoral britannique et repris un peu partout dans la littérature (Newman, 1965) n’a jamais été confirmé (Ian J. Kitching com. pers.). Dans le catalogue l’Homme figure la mention de Vernet les Bains, Villefranche et col de Fuilla (66), mais jamais je n’ai vu l’espèce sous quelque état que ce soit dans cette zone malgré une recherche active et régulière. Si Hyles nicaea vole bien dans les Pyrénées Orientales, ce que je ne remets pas en cause, il y est fort rare et/où très localisé.

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