Proserpinus proserpina

Proserpinus proserpina imago male
Proserpinus proserpina mâle
Proserpinus proserpina imago femelle
Proserpinus proserpina femelle

Proserpinus proserpina Hübner, [1819]

Sphynx proserpina Pallas, 1772, Spicilegia Zool. quibus novae….et obscurae anim. species….illustrantur 1: 26.

Localité type: Francofurtum ad Moenum, Germania [Frankfurt am Main, Germany].

 

Le Sphinx de l’épilobe, le Sphinx de l’oenothère

Anglais: Willowherb Hawkmoth; Allemand: Nachtkerzenschwärmer; Castillan: esfinge prosperina

Taxinomie

Il n’y a pas la moindre confusion possible pour ce petit Sphingidae emblématique de notre faune. Les insectes du Maroc, statistiquement plus grands que les européens, ont été décrits sous le nom de  Proserpinus proserpina gigas Oberthür, 1922, Etud. Lepid. comp. 19: 128. Cette sous-espèce a été placée en synonymie de la forme nominative par Kitching & Cadiou, 2000. On trouve en effet des exemplaires de taille équivalente sur toute l’aire de répartition de l’insecte.

Distribution

Monde: Afrique du nord, Europe jusqu’à la Lituanie et l’Ukraine,  à l’exception de la Scandinavie, exceptionnel en Angleterre, absent d’Ecosse et d’Irlande, Italie et Sicile mais absent de Corse, toute l’Europe centrale et la Turquie, Liban, Israël, Jordanie, nord de l’Iran, Turkménistan, sud de l’Ouzbékistan, Tajikistan, est de l’Afghanistan, sud-est du Kazakhstan, montagne de Tian Shan, Chine (Xinjiang) et Sibérie.

France: partout mais plus fréquent en milieu ouvert. Manque totalement en milieu forestier.

Plantes-hôtes

L’insecte consomme plusieurs espèces d’épilobe. Dans le sud, et en particulier dans mon département (Lot-et-Garonne, Aquitaine), il est fréquent sur Epilobium hirsutum. Je l’ai trouvé sur Epilobium dodonaei et E. angustifolium en montagne. Il est donné d’Oenothera biennis. La salicaire Lythrum salicaria est souvent mentionnée, mais je me demande s’il ne s’agit pas plus d’une répétition d’information que d’une observation réelle. Je n’ai jamais vu une chenille de Proserpinus sur cette plante, malgré sa fréquence autour de chez moi.

Considéré à tort comme un insecte rare, proserpina est sur la liste rouge des insectes d’Europe menacés, et à ce titre il bénéficie d’une protection totale. Malheureusement, ses biotopes ne sont eux ni préservés ni protégés ce qui démontre le ridicule de telles mesures. Le chasseur de papillon n’est évidemment pas la cause de la disparition de cette espèce, le danger venant du débroussaillage et du broyage des plantes de bord de route, quand il ne s’agit pas de traitement chimique où d’écobuage.

Par chance l’insecte semble bien résister même dans les zones fortement dégradées, à partir du moment où il lui reste quelques épilobes pour nourrir ses chenilles.

Juste devant chez moi, à Laplume, dans le Lot et Garonne, se développe une belle station d’Epilobium hirsutum dans un fossé le long de la route. Cette station est broyée chaque année par un engin municipal qui rase toute végétation jusqu’à la terre. Malgré cela, chaque année les plantes parviennent à repartir et à nourrir quelques proserpina. Certaines années, pour des raisons qui m’échappent, l’engin meurtrier n’est pas mobilisé, la station prospère et la belle chenille de proserpina se récolte en abondance à la tombée de la nuit, consommant fleurs et fruits lorsqu’elle est adulte. J’ai normalement obtenu de la mairie une mesure spéciale pour cette station, et si tout va bien, l’an prochain les plantes seront épargnées durant les mois où la chenille s’alimente, et ensuite coupées à 10 centimètres du sol et non plus broyées à la base. En fait cela devrait être le cas de toutes les stations repérées dans la mesure où je le répète l’insecte bénéficie d’une protection intégrale légiférée. En clair, cela revient à dire que tuer un sphinx de l’épilobe est un délit puni par la loi. Je recommande fortement au lecteur de tenter une démarche similaire auprès de leur mairie s’il repère une station de qualité.

Proserpinus proserpina imago au vol France Le Roc Laplume (47)
Mâle de Proserpinus proserpina butinant les fleurs de Salvia pratensis, France, « Le Roc », Laplume. le 14 mai 2013 à 20h17 © Jean Haxaire

J’ai trouvé cette espèce dans la majorité des départements prospectés, du Pas-de-Calais au Lot-et-Garonne en passant pas l’Indre, l’Oise, la Haute Garonne, Le Tarn-et-Garonne. Je l’ai observé en plaine comme en montagne (Isère, Hautes Alpes, Pyrénées Orientales…) et partout j’ai pu trouver sa chenille aussi facilement. Il vient parfois aux lampes, mais visiblement sa fréquence à la lampe ne traduit pas de sa réelle abondance. Chez moi, à «Le Roc », Laplume, j’en attire en moyenne 5 par an à la lampe alors que je le vois voler tous les soirs aux fleurs de Centranthus ruber et surtout Salvia pratensis les chaudes soirées de mai, en compagnie des derniers Macroglossum qui ne se sont pas encore posés. Donc l’insecte est bien plus commun qu’il n’y paraît.

Sa chenille consomme les épilobes (angustifolium, dodonaei, hirsutum, parviflorum…) et les Oenothera sp. Elle est donnée sur Lythrum, mais je ne crois pas à cette plante-hôte. La chrysalide enterrée est très fragile. Pour l’hibernation, il est recommandé de la laisser dans le sol sans la toucher ni la déterrer, et surtout à l’extérieur. Elle ne craint pas le froid, mais est sensible à une humidité excessive.

Ce papillon s’élève très bien à partir de l’oeuf, et faire pondre une femelle en captivité n’est pas difficile à condition de l’alimenter tous les soirs. Elle pond en général le 3ème jour. Les jeunes chenilles sont minuscules, l’idéal est de les élever sur plante en pot. Elles doivent être élevées en milieu aéré et en pleine lumière. J’ai obtenu mes meilleurs résultats avec Epilobium angustifolium, plante qui supporte bien d’être coupée et mise dans l’eau. Par contre, toutes mes tentatives d’élevage sur Oenothera ont été désastreuses, les chenilles tombant malades et mourant avant le 4ème stade. Je signale que je n’ai jamais trouvé cette chenille dans la nature sur cette plante, en dépit de recherches approfondies alors que la localiser sur Epilobium n’est pas un problème, à condition d’être à la bonne saison.

 

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