Deilephila elpenor

Deilephila elpenor elpenor  (Linnaeus, 1758)

Sphinx elpenor Linnaeus, 1758, Syst. Nat. (Edn 10) 1: 491.

Localité type: non spécifiée [Europe].

le Sphinx de la Vigne

Deilephila elpenor mâle
Deilephila elpenor mâle
Deilephila elpenor femelle
Deilephila elpenor femelle

Anglais: Large Elephant Hawkmoth; Allemand: Mittlerer Weinschwärmer; Castillan: esfinge de la vid

Taxinomie

A l’exception de Deilephila rivularis (Boisduval, [1875]), qui vole en Afghanistan, au Pakistan et au nord de l’Inde (Uttar Pradesh et Népal), rien ne ressemble à Deilephila elpenor. L’espèce est actuellement scindée en deux sous-espèces, la sous-espèce nominative paléarctique et la sous-espèce D. elpenor macromera (Butler, 1875) du Népal, Sikkim, Bhutan, Myanmar, Chine (Yunnan). Cette dernière se distingue de la sous-espèce nominative par l’aspect élargi de la tache noire basale des ailes postérieures. Je ne crois absolument pas à la validité de cette sous-espèce, ayant de différentes régions du sud de la Chine tous les intermédiaires entre les macromera et les elpenor typiques. D. rivularis pour sa part est une espèce nettement plus brunâtre, au rose moins vif, et dont l’aile antérieure présente un aspect doublement lignées par deux traits parallèles.

Distribution

Monde: toute l’Europe jusqu’au Japon, remontant en Sibérie. Présent en Italie, Sicile, Turquie, Iran,  Kazakhstan, Uzbekistan. L’insecte n’est pas présent en Afrique du nord. Par contre, il existe désormais en Amérique du nord avec une population bien identifiée à l’est de Vancouver, Colombie britannique.

France: dans tous les départements, et la majorité des biotopes.

Plantes-hôtes

Surtout Epilobium, et également mais plus rarement Galium. La vigne n’est finalement pas souvent choisie, ayant atteint un niveau de traitement chimique intolérable pour toute l’entomofaune, y compris celle de proximité. Beaucoup d’autre plantes dites mineures sont reprises par la littérature, notamment Fuchsia, Impatiens, Lythrum, Calla et Menyanthes. Jamais je n’ai vu de chenilles d’elpenor sur l’une de ces plantes.

L’un des plus beaux Sphingidae du monde, et l’un des plus répandu sur notre territoire, y compris dans les biotopes dégradés et fortement anthropisés.

                                    Mâle de Deilephila elpenor ex pupa République Tchèque © Jean Haxaire

La combinaison de rose et de vert olive rend l’habitus de cette espèce unique parmi les Sphingidae. A l’âge de 7 ans, mes parents m’avaient offert une encyclopédie du vivant dans laquelle figurait une splendide photo de cette espèce. Je suis persuadé qu’elle est à l’origine de la fascination qu’exerce sur moi cette famille de Lépidoptères.

Deilephila elpenor vole en deux générations, en mai/juin et en juillet/août. Elle apparaît un peu plus tard que son congénère porcellus et n’est jamais aussi abondante, bien que plus répandue. Je l’ai trouvé pratiquement partout, à l’exception des biotopes arides et de la haute montagne où porcellus pullule. Cette espèce est très sensible au piégeage lumineux, et vient à la lampe une heure après la tombée de la nuit. Il arrive en général par vagues de trois ou quatre individus. Les spécimens de la seconde génération sont d’un rose plus beaucoup plus vif que ceux issus de chrysalides ayant hibernées (fait observé dans le Lot & Garonne).

Ses biotopes de prédilection sont les zones ouvertes, les friches et les bords de ruisseau. Il n’est pas rare dans les villages, y compris dans les régions agricoles. Il suffit d’une station d’épilobes dans un fossé ou le long d’une route pour avoir une belle population de cette espèce.

Sa chenille est relativement aisée à localiser sur les grandes épilobes bordant les routes en mai/juin. Avec un peu d’habitude, on trouve facilement les jeunes chenilles encore vertes et même les oeufs sous les feuilles terminales de ces plantes. Adultes, la chenille se dissimule à la base de ces plantes, le long des tiges. Elle est alors plus difficile à découvrir, sauf à la tombée de la nuit quand elle remonte à l’extrémité des plantes pour consommer les fleurs et les fruits. Très souvent je l’ai trouvée en compagnie de celle de proserpina, qui a le même comportement.

La chenille adulte a un aspect reptilien dissuasif pour qui ne connaît pas ces insectes. Contrairement à ce que son nom vernaculaire laisserait entendre, il est exceptionnel de la trouver sur vigne. Cela est peut être du à la puissance des traitements actuels, mais je crois ne l’avoir repérée sur cette plante que trois fois en trente années de recherche, alors que mes observations sur Epilobium sont innombrables. La chenille adulte présente exceptionnellement une coloration verte. Je n’ai vu cette couleur qu’une fois au 5ème stade. Cette forme verte serait plus répandue dans les départements du nord de la France.

Sa plante favorite semble être E. angustifolium, mais dans le Lot-et-Garonne cette chenille est tout aussi commune sur E. hirsutum et E. parviflorum. Je ne l’ai jamais trouvée sur Oenothera. En plus des plantes indiquées dans la rubrique « plantes hôtes », elle est également donnée sur  Lonicera, et Parthenocyssus. Alexandre Teynié m’indique l’avoir trouvée sur un massif de Menyanthes trifoliata entièrement entouré d’eau à Aydat (63) (photo ci-dessous). Comment une chenille consommant cette plante sortant de l’eau arrive t’elle à se nymphoser, la question reste posée.

Cette espèce vole dans tous les départements français.

Elevage très facile sur plante en pot ou coupée, dans des cages bien ventilées. Le plus simple est de rechercher des chenilles adultes, elles ne sont pratiquement jamais parasitées. Obtenir une ponte est plus problématique, dans la mesure où la femelle de l’espèce est exceptionnelle aux lampes U.V. (en moyenne de 2 à 5% des captures). La chrysalide n’est pas enterrée mais façonne un cocon rudimentaire (quelques fils de soie) à la surface du sol, souvent dans la mousse ou les feuilles mortes. Elle est très peu mobile.

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jhj